Avant-Propos

Par Jacques Dürrenmatt
Publication en ligne le 27 mars 2014

Texte intégral

1La ponctuation fait peur parce qu’elle est à la fois partout et apparemment insignifiante. Comme tout ce qui sature notre regard, tout ce qui semble rappeler imperturbablement des lois qui aux yeux de beaucoup restent mystérieuses, parce qu’elle est formée de signes qui n’en sont peut-être pas, parce que tout peut ponctuer sans être signe, elle échappe, voire dégoûte.

2Les grammairiens ont souvent hésité à en parler, les écrivains souvent la méprisent ou en font un enjeu essentiel dans leurs relations parfois conflictuelles avec des éditeurs ou imprimeurs accusés de défigurer les textes qui leur sont confiés. Labiles, fuyants, les « signes » jouent avec les lignes, échangent leurs emplois, naissent sans qu’on sache comment, se combinent, défient les normes qu’on veut leur imposer. Dès lors, parler de la ponctuation, ce fut longtemps tenter d’instaurer des règles qui, parce que toutes réussissaient à servir dans les usages, le plus souvent s’annulaient ou se distendaient.

3C’est aujourd’hui surtout s’efforcer de saisir une opération qui, puisque chacun éprouve le besoin de se l’approprier ou de s’en débarrasser, pourrait bien engager plus qu’elle n’en a l’air. Instrument ou agent du rythme, du pouvoir, du silence dans toutes leurs dimensions, la ponctuation résiste, réclame qu’on écrive son histoire, qu’on en précise les enjeux, qu’on montre comment ses flottements sont constitutifs de toute interrogation sur la langue, de toute réflexion sur la création littéraire.

4Ce volume où dialoguent écrivains et chercheurs tentera d’apporter une pierre à ce projet en devenir.

Pour citer ce document

Par Jacques Dürrenmatt, «Avant-Propos», La Licorne [En ligne], La Ponctuation, 2000, Revue La Licorne, Les publications, mis à jour le : 11/04/2014, URL : https://licorne.edel.univ-poitiers.fr:443/licorne/index.php?id=5835.