Préface

Par Peter André Bloch
Publication en ligne le 16 février 2016

Texte intégral

1Ce livre s’adresse au lecteur français pour lui présenter quelques aspects de la littérature romande, qui le surprendra peut-être par sa richesse et son originalité, ou bien par son régionalisme parfois un peu rigoureux. Une modestie presque orgueilleuse la tient souvent à l’écart du goût des grands éditeurs parisiens. La Suisse « romande » est repliée sur elle-même et ne connaît pas d’impérialisme culturel. Elle ne présente pas d’unité politique, mais plutôt une alliance de plusieurs petits pays autonomes, qui nous frappent par l’étonnante diversité des traditions, des mœurs et des arts. La complexité des structures politiques, sociales, religieuses et culturelles aide les hommes à se définir, à s’exprimer, à mettre leur identité en cause. Leur culture est fondamentalement française, mais marquée par d’autres hiérarchies et traditions.

2Tout livre est un appel à la communication. Nous invitons le lecteur à oublier quelques-uns des préjugés qu’il pourrait avoir à l’égard d’une région pour lui marginale. Pour quelqu’un de l’extérieur, la littérature a parfois des aspects nombrilistes et provinciaux, qui lui font remarquer qu’il s’agit d’un univers qui se suffit à lui-même et qui aime développer ses propres perspectives sans se mêler trop des problèmes d’autrui, par discrétion et neutralité, mais aussi par fierté d’être son propre maître. Il y a un culte de la couleur locale, entretenue par une austérité fière se combinant tout naturellement avec une étonnante joie de vivre qui ne contraste guère avec la fermeté sereine de quelques tendances moralisatrices et éducatives. La rigueur de l’individualisme romand a permis à une population d’un peu plus d’un million d’habitants de fonder quatre Universités et plusieurs Hautes Ecoles, ce qui témoigne de leur sens profond des responsabilités dans le domaine des sciences, des arts et de la formation des jeunes.

3Je remercie tous ceux qui ont bien voulu collaborer à ce livre. Il n’était pas facile de choisir les auteurs, les textes et les sujets qui pouvaient illustrer quelques perspectives et tendances importantes de cette littérature romande si intéressante et si riche. Il y a un grand nombre de Suisses romands qui ont participé à ce volume descriptif et explicatif, en pleine connaissance de toute la complexité de leur littérature. Le point de vue de l’extérieur est assuré par bien des spécialistes français ou suisse-allemands – des « romanistes » ou des « comparatistes », des linguistes et des littéraires – que ne lie aucune unité de doctrine, mais une grande curiosité et un profond intérêt pour les phénomènes littéraires. La plupart des textes sont inédits ; ils ont été rédigés pour nous ; quelques-uns ont déjà paru, mais ont été remaniés à cette occasion ; nous indiquons bien sûr les circonstances de leur première parution. Et il y a toujours les textes promis… Mais quel livre peut prétendre être complet ? C’est dans l’orientation bibliographique que se dessinent les véritables dimensions de cette littérature romande en plein éveil !

4Je suis très reconnaissant envers tous ceux qui m’ont aidé à faire ce livre : mes collègues et amis en France et en Suisse, mon ancien professeur Jean Starobinski, les collaborateurs qui ont pris l’initiative de travailler à la conception et à la rédaction de ce volume : Roger Francillon et surtout Peter Schnyder. Mes remerciements vont aussi à Mme Doris Jakubec, directrice du centre de recherches sur les lettres romandes. Je remercie de tout cœur Paul Gorceix qui a développé avec moi l’idée de ce livre et, pour sa compétence, Gérard Dessons, le secrétaire du conseil de rédaction de La Licorne.

5Une dernière remarque personnelle : mon père était jurassien, d’origine soleuroise, qui avait quitté Delémont pour chercher du travail ailleurs, en Suisse alémanique. Quand j’ai été invité par mes collègues de l’Université de Poitiers – où j’enseigne les littératures allemandes – à faire ce livre, j’ai accepté avec plaisir pour rendre hommage à ce pays qui n’est pas devenu le mien, tout en restant pour moi celui de nombreux souvenirs d’enfance, peuplés de tant d’oncles et de tantes, de tant d’amis parlant le français, le patois et un peu l’alémanique sans aucun malentendu…

Pour citer ce document

Par Peter André Bloch, «Préface», La Licorne [En ligne], La Suisse romande et sa littérature, 1989, Revue La Licorne, Les publications, mis à jour le : 16/02/2016, URL : https://licorne.edel.univ-poitiers.fr:443/licorne/index.php?id=6290.