La littérature en Suisse romande
Esquisse d’une présentation

Par Peter André Bloch
Publication en ligne le 17 février 2016

Texte intégral

1Parler de la Suisse romande, de sa littérature et de ses auteurs… tracer le portrait littéraire d’une région si diverse et si riche en aspects spécifiques, qui pour les uns sont représentatifs et pour les autres tellement étrangers… Qui nous donne le droit, l’autorisation d’en parler ? Rien n’est si faux que les constatations générales et les vues d’ensemble synthétiques dans les manuels qui simplifient ce qui est par définition complexe et par nature hétérogène. En lisant les nombreux aperçus ou histoires concernant la littérature française en Suisse romande1, on est frappé par la naïveté arrogante avec laquelle on se permet de classer les auteurs selon leurs origines et leur appartenance à une région ou à un canton avec leurs traditions et leurs caractères particuliers pour les définir, comme si le bon vieux temps de la méthode nadlérienne avec ses implications ethniques n’était pas depuis longtemps passé ! Bien sûr, cette approche convient souvent aux auteurs mineurs et aux œuvres plutôt médiocres qui se comprennent comme étant des miroirs fidèles de leur entourage et qui travaillent tout naturellement avec les clichés et les formes traditionnelles fournis par « le génie du lieu » ; mais cette historicité naturelle est de loin dépassée par les œuvres de grande qualité qui puisent dans les profondeurs véritables de l’imagination créatrice, où le problème de l’authenticité ne se réduit pas à l’imitation maniériste ou même irréfléchie de ce que l’on croit être « réalité ». Il est évident que ces textes-là exigent d’autres critères que ceux de la géographie ou de l’ethnologie historique ou anecdotique : ils veulent être lus et jugés avec des catégories esthétiques, philosophiques, existentielles.

2Nous avons donc essayé de changer de méthode et de faire appel à d’autres formes de présentation à la fois diachroniques et synchroniques, documentaires ou analytiques en invitant de nombreux écrivains contemporains de la Suisse française, mais aussi des historiens de la littérature, des spécialistes et de jeunes chercheurs, à parler de ce qu’on appelle l’Ecriture romande : de leurs expériences subjectives d’auteurs et d’éditeurs, mais aussi de leurs recherches littéraires et esthétiques. L’analyse détaillée de quelques textes représentatifs « romands » – parus à travers les siècles et choisis par les spécialistes qui ont décidé de collaborer avec nous – fera sentir au lecteur – malgré l’absence regrettable de bien des exemples importants – l’énorme richesse, la grande variété et l’éminente qualité des œuvres en question, étudiées dans leur véritable contexte littéraire, sans être systématiquement ramenées derrière les bornes d’un régionalisme étroit, dont nous savons qu’il existe et qu’il faut en parler dans ses aspects les plus divers, tout en gardant la juste mesure littéraire. Comme partout dans le monde, il y a en Suisse romande des courants plutôt « intégristes » vers une identité régionale ou « nationale » à côté d’importantes tendances francophiles, européennes, internationalistes, anarchistes ou tout simplement subjectivistes. Ce qui nous intéresse dans notre contexte c’est surtout la relation franco-suisse qui va de l’identification totale avec la culture française à la recherche absolue d’une identité régionale : genevoise, vaudoise, valaisanne, etc. Il y a des auteurs qui se croient méconnus par la France, d’autres intégrés, il y en a qui souffrent de leur situation spécifique, d’autres qui s’en félicitent – comme en France beaucoup d’écrivains non-parisiens ; comment pourrait-il en être différemment ? Objectivement, on peut constater un intérêt toujours croissant en France, comme en Allemagne, pour les littératures dites marginales, avec tout l’exotisme qu’elles inspirent. De l’autre côté il y a indubitablement une nouvelle prise de conscience – comme dans toutes les régions d’Europe, à l’Est comme à l’Ouest – de l’importance d’un patrimoine authentique et de vivantes traditions culturelles. Retenons les paroles assez critiques et aigres de Georges Borgeaud, le grand romancier et essayiste romand qui vit depuis des décennies en France, à l’égard de ses compatriotes romands, déjà en 1971, lors du centenaire du poète tessinois Francesco Chiesa :

Je dirais même que je n’ai jamais autant entendu parler de nos différences que depuis cette dernière guerre, que jamais nous n’avons autant cherché une « vérité suisse » alors que, par ailleurs, les opinions, les idées, la politique, la diplomatie vont vers la conception d’une Europe unie. Mais pouvons-nous être unis si nous établissons avec excès des relations par trop subjectives ou sentimentales entre un pays et un autre, si nous ne savons mesurer l’intensité de notre attachement réciproque que par le plus et le moins, que si nous entretenons sans cesse des querelles de priorité. Les grands pays ont peut-être la chance de n’avoir pas ces complexes que, souvent, ils remplacent par de la vanité, mais ces notions sont tout à fait sans objet sur le plan de la culture. Le talent n’a pas de frontière, pas de patrie sinon celle des racines, et l’on pourrait dire, sans paradoxe, que Ramuz et Stendhal ont été façonnés par la montagne davantage que par leurs patries2.

3Il ne faut pas trop s’attarder sur l’histoire des différentes parties de la « Romandie » jusqu’à leurs intégrations dans la Confédération helvétique ; on peut s’en informer dans les manuels historiques. En ce qui concerne la situation politique actuelle, chacun sait que la partie francophone de la Suisse se constitue d’un peu plus d’un million de personnes, réparties en plusieurs Cantons ou régions linguistiques plus ou moins autonomes : le Canton et la République de Genève, les Cantons du Jura, de Neuchâtel et de Vaud, les parties francophones des Cantons de Fribourg et du Valais et du Jura bernois. Chaque région a son histoire particulière, marquée par la volonté de garder son autonomie politique contre les Ducs de Savoie, de Bourgogne ou le Roi de France ; après la Révolution française, c’est Napoléon et le Congrès de Vienne de 1815 qui ont beaucoup influencé la structuration de ce pays. Les Républicains neuchâtelois ont favorisé l’adhésion définitive de l’ancienne principauté prussienne à la Suisse ; en 1978 enfin, c’est la partie la plus importante du Jura qui acquiert son indépendance intégrale de Berne.

4Il est clair que ces luttes d’indépendance ont fortement marqué l’esprit civique des habitants, renforcé par la petitesse des dimensions locales. On s’y sent concerné par les questions politiques, vu la souveraineté du peuple sur le plan local et régional, cantonal et fédéral. Cette volonté d’indépendance caractérise également l’histoire religieuse ; les Calvinistes comme les Catholiques ou les nombreux représentants d’autres communautés confessionnelles veillent rigoureusement à leur liberté de penser et d’agir, ce qui mène à une surprenante clarté des différentes conceptions religieuses. Il est fascinant de constater à quel point cet appel continuel à un auto-contrôle spirituel influence l’écriture de ces régions ; il y a toute une littérature moralisatrice et édifiante, et surtout bien des textes où l’individu se penche sur lui-même en se rendant compte de ses actions et de ses pensées. Le Journal intime d’Henri-Frédéric Amiel n’en est que l’exemple le plus célèbre, et on sait que l’intimité de ces pages n’a pas été troublée du vivant de leur auteur, qui se livrait tout entier à l’introspection secrète et à l’ébauche créatrice et critique du moi.

5Georges Borgeaud se méfie de cet égocentrisme, tout en le pratiquant :

6« Dans la littérature romande, il y a souvent trop de miroirs où les Narcisses se penchent, pas assez de places publiques, pas assez de la rumeur des foules, et moi, tout le premier, je cède et je cèderai encore à cette manie de me raconter3 ». Mais où est le poète qui ne connaît pas ces monologues intimes, nés dans le silence de la solitude du moi qui se cherche ?

7Faut-il ajouter que la nature a toujours joué un rôle capital dans cette littérature, fortement imprégnée par Rousseau, définissant la « nature » comme une antithèse aux conventions des cités artificielles. Dans la nature, l’homme retrouve son équilibre et se sent protégé contre les influences. Pensons à l’importante poésie idyllique des XVIIIe et XIXe siècles, mais aussi aux descriptions si émouvantes et si vigoureuses du Genevois Horace Bénédict de Saussure dans ses célèbres Voyages dans les Alpes. Mais c’est également dans la nature que l’homme vit ses limitations et ses confrontations avec les forces existentielles plus fortes que lui, impitoyables, cruelles. Charles-Ferdinand Ramuz a le mieux décrit l’ambivalence d’une vie intime avec les montagnes et la terre, les bêtes et toutes les forces élémentaires d’une nature cultivée et sauvage dans ses grands romans et essais où excelle sa vigueur picturale, d’une authenticité incomparable. Mais aujourd’hui, c’est l’homme lui-même qui commence à détruire la nature dans sa beauté d’un équilibre écologique intact. Il y a toute une série de textes qui dénoncent les dangers et les vicissitudes de la vie moderne, du matérialisme et de l’égoïsme effréné, qui prêchent la paix, le retour à la simplicité et à la solidarité. Il y a des liens directs entre Rousseau et Chappaz, lequel dénonce les résultats du progrès industriel, comme anti-idylliques et inhumains4. Mais c’est par ces grands thèmes que les littératures romandes rejoignent les autres littératures contemporaines, qui dans d’autres conditions et à d’autres endroits témoignent des mêmes angoisses vis-à-vis d’un monde en auto-destruction.

8La Suisse romande est une région des plus grands contrastes, des plus extraordinaires contradictions et tensions possibles. Il y a le petit monde des paysans et des petits-bourgeois repliés sur eux-mêmes, qui servent – grâce à leur intégrité, leur diligence éveillée et leur neutralité solidaire – d’arrière-plan à des activités internationales d’une très grande importance. Genève est – comme Zürich – un des plus grands paradis bancaires du monde, mais cette cité sert en même temps de siège international à la Croix-Rouge, au Conseil œcuménique des Eglises, à l’Organisation internationale du Travail, aux Organisations européennes de l’ONU, du CERN ; elle est aussi forum privilégié pour des conférences internationales de la paix, du désarmement et des questions culturelles et industrielles à la fois ! Ce sont souvent les écrivains qui assument le rôle de critique soucieux des droits de l’homme et des minorités, des opprimés et des exploités pour qu’on ne les oublie pas. Ils ont la chance d’appartenir à la culture française dont ils partagent l’avantage d’un vaste public attentif et critique ; en même temps ils profitent de leur indépendance politique et culturelle vis-à-vis du centralisme français.

9Un autre contraste est en train de disparaître – celui des expressions citadines et campagnardes, du français standard et des patois locaux et régionaux. C’est le français de Paris qui l’a emporté – comme dans les différentes provinces de France. Il y a encore quelques rarissimes souvenirs de l’ancien franco-provençal et burgond, surtout dans l’accent ou quelques expressions ; beaucoup plus importantes sont les influences du monde anglais et germanique ou, plus encore, de l’univers technique avec ses nombreuses abréviations – comme en France. Mais à côté de ces termes tout neufs il reste – comme des blocs erratiques – des textes en anciens idiomes, qui gardent autour d’eux un air nostalgique, parfois même un peu folklorique. Il serait injuste de ne pas les mentionner puisqu’ils complètent l’image de ce monde si universel, international et provincial à la fois, tout en transportant – à l’ombre des textes qui se veulent littéraires et innovateurs – les thèmes de la littérature universelle à son niveau naïf, populaire : la joie de vivre et la peur de mourir, les beautés de la nature et de l’amour, avec le plaisir explicite d’avoir trouvé la bonne formule qui convienne à la volonté de celui qui parle et au niveau de celui qui lit ou écoute avec attention et complicité5.

10Dans sa dernière leçon à l’Ecole Polytechnique Fédérale à Zürich le 5 juillet 1967 Auguste Viatte a soigneusement étudié « La place de la littérature romande dans les lettres françaises ». Il a souligné les grands avantages du fédéralisme, « qui a multiplié les foyers régionaux : Genève, Lausanne, Neuchâtel, Fribourg sont restés de petites capitales des astres qui brillent de leur éclat propre sans se borner à refléter la Ville-Lumière »… Mais il mentionne également les contre-parties de cette autonomie : « l’exiguïté, le morcellement », le manque d’un grand public pour le théâtre, la critique paralysée par l’étroitesse des lieux et des possibilités, « partagée entre l’éloge obligatoire et les querelles personnelles », et enfin un public de lecteurs assez restreint, appartenant « surtout à la classe moyenne », ce qui empêche l’écrivain de pouvoir « vivre de sa plume », de sorte que les écrivains romands ont presque tous un « deuxième métier » comme enseignants ou théologiens6.

11En 1938, dans sa préface au « Panorama des littératures contemporaines de la Suisse » de Charly Clerc, Robert de Traz, lui-même un des fondateurs de « la Voile latine » (1905) qui avait cherché à

renouveler, si possible, les lettres suisses par l’idée d’art, un retour au sol même et à ses plus anciennes traditions7,

12avait essayé de résumer les points essentiels de l’originalité des différentes littératures helvétiques :

Certes, faute d’une langue particulière, il n’existe pas de littérature suisse. Dans chacun des domaines linguistiques de la Confédération helvétique les écrivains se rattachent à une littérature d’outre-frontière. Ils lui doivent des inspirations et des modèles, ils bénéficient de son prestige. Grâce à elle, ils participent à une grande culture européenne. Ils ne sont pas enfermés…
[…] les écrivains de Suisse se distinguent par certaines nuances de sensibilités, par certaines divergences d’idées. Ils décrivent des paysages, des mœurs et des types différents ; ils relèvent d’une autre histoire ; ils n’ont reçu une autre formation politique, parfois une autre formation religieuse. Il serait tout à fait insuffisant de les définir comme des provinciaux ou des régionalistes.
D’autre part, à l’intérieur du pays, il arrive que se produisent des échanges entre ces écrivains que sépare le langage mais que rapproche la communauté nationale. Ils doivent à leur juxtaposition de connaître plus aisément la culture d’autrui8

13N’est-il pas étonnant que 50 ans plus tard les mêmes arguments soient toujours valables ? Les vœux exprimés par Robert de Traz sont restés les nôtres, les mêmes. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale la Suisse s’est isolée encore plus qu’avant, et chaque région linguistique est restée enfermée dans ses propres frontières. Ce sont toujours les mêmes auteurs qui se lisent dans les écoles et à l’Université. Pendant mes années d’études aux Universités de Bâle, de Munich et de Paris (entre 1956 et 66) je n’ai en effet jamais entendu parler d’un seul auteur « romand », abstraction faite – bien sûr – de Rousseau et de Mme de Staël, considérés comme français et européens selon l’importance qu’ils ont dans la littérature et l’histoire française et européenne. Deux professeurs de littérature française, enseignant dans des Universités suisses, ont répondu à mon invitation de collaborer à ce livre, qu’ils ne s’étaient jamais posé la question de l’existence d’une « littérature romande », et qu’ils enseignaient la « littérature française » tout court, dans laquelle ils savaient « cette littérature romande » inclue, comme celles du Canada, de la Belgique, du Sénégal ou d’autres régions francophones. Pourquoi construire des frontières spirituelles, où elles n’existent pas ? Pour eux, cet aspect « national » ou « régionaliste » est absolument secondaire. Il leur suffit de savoir que ces œuvres proviennent d’une petite région de langue française avec une vie intellectuelle et culturelle plus ou moins autonome, mais en étroite liaison avec la France, ou plus encore avec Paris. Et Paris – en tant que centre culturel – n’a-t-il pas toujours eu plus d’aspects supra-nationaux que d’autres ? D’ailleurs, avec le développement écrasant des médias, les distances ont changé comme les frontières, et l’Europe est en train de retrouver une nouvelle unité d’esprit dans un climat d’ouverture et de curiosité bienveillante, mais critique envers d’autres cultures et d’autres manières de sentir et de s’exprimer. Et enfin – qui n’a pas de problèmes a s’identifier entièrement à la société ou au pays dans lequel il vit ? Et qui ne connaît le besoin de se remettre continuellement en question, sachant que le principe du doute et de la curiosité est à la base de toute réflexion créatrice, de toute reconnaissance qui va vraiment au fond des choses ?

14C’est cet état d’esprit qui caractérise les écrivains des nouvelles générations à partir des années soixante, dans la tradition de Cendrars, de Cingria ou de Borgeaud, qui s’ouvrent au monde, en essayant de dépasser les limites restrictives du temps et de l’espace, mêmes lorsqu’ils en sont les victimes, comme on le ressent de façon si saisissante dans les grands romans de Jacques Mercanton, de Georges Haldas, d’Yves Velan ou de Jacques Chessex, dans les œuvres narratives ou poétiques de Corinna Bille, de Maurice Chappaz ou de Jean Cuttat, d’Etienne Barilier et de bien d’autres. Ils se sentent tous portés par un climat littéraire vivant et encouragés par quelques maisons d’édition favorables à une littérature expérimentale et esthétique qui discute les problèmes d’une société sans se restreindre à la dépeindre comme fin ultime. Jean Calmet n’est-il pas représentatif de la génération de tous ceux qui souffrent de leur père comme de toute autorité conventionnelle, figée, qu’ils vivent à Paris, à Bruxelles, ou à Zürich ? Et le surréalisme de Corinna Bille n’est-il pas aussi extravagant et magique que celui d’autres grands écrivains ? Ces auteurs ont tous lu la Bible aussi bien que Marx, Kierkegaard aussi bien que Nietzsche. Ils sont les enfants de Brecht et de Sartre, de Pound et de Proust comme de Joyce et de Dos Passos aussi bien que de T.S. Eliot, de Celan ou de Pasternak et se sentent les contemporains de Ionesco, de Beckett, de Dürrenmatt et de Butor, de Soljenitsine et de Tahar Ben Jelloun comme de Marguerite Duras ou de Marguerite Yourcenar. Ils connaissent leur Adorno et leur Bachelard, Freud et Jung comme Heidegger, Lucien Goldmann ou Edgar Morin.

15Mais ils portent aussi – et en plus – les marques de quelques grands hommes de lettres de leur pays tels que Gonzague de Reynold, Albert Béguin, Marcel Raymond, Jean Rousset, Jean Starobinski. « Nous devons nous faire une conscience planétaire », leur avait dit Denis de Rougemont, tandis que Jeanne Hersch – traductrice des œuvres de Karl Jaspers – confronte les idéologies avec les réalités, en s’engageant avec son travail littéraire concrètement pour les droits de l’homme. A la même Université de Genève Jean Ziegler analyse les mouvements libérateurs du Tiers-Monde et se fait le critique amer d’Une Suisse au-dessus de tout soupçon. Et qui pourrait oublier le témoignage franc et désarmant de Philippe Jaccottet, qui nous dit : « Les grands mots ne peuvent plus se dire » … « nous sommes au pays du tâtonnement ». En effet, ils savent tous ce qu’on attend d’eux et ils en souffrent, ayant peur du mot trop simple, de la tournure usée, d’une langue vidée par le bruit du progrès et les répétitions interminables d’une vie de consommation désespérée. Et ils connaissent comme nous l’expression si bouleversante de Nietzsche : la « justification esthétique du monde par l’art ».

Pour citer ce document

Par Peter André Bloch, «La littérature en Suisse romande
Esquisse d’une présentation», La Licorne [En ligne], Les publications, Revue La Licorne, 1989, La Suisse romande et sa littérature, mis à jour le : 17/02/2016, URL : https://licorne.edel.univ-poitiers.fr:443/licorne/index.php?id=6308.